01.02.2009 Retour aux news

Bravo Mich' !



Kito et Christian Bex (France Info)
© Windreport'
Après plus de 28 300 milles au compteur, soit une moyenne sur l'eau de 14,02 noe uds, Michel Desjoyeaux explose tous les temps de référence du Vendée Globe ! Le solitaire a franchi la ligne d'arrivée en vainqueur pour la deuxième fois (après 2000-2001), ce dimanche 1er février à 16h 11' 08'' (heure française), soit après 84 jours 03 heures et 09 minutes 08 secondes de course. Foncia a terminé ce tour du monde face à une brise de vingt-cinq noeuds et sous un ciel ensoleillé, devant une foule compacte tant sur l'eau que le long des digues du chenal d'entrée des Sables d'Olonne.

Observateur privilégié, Kito de Pavant couvrait cette arrivée historique avec Vincent Riou et Jérémie Beyou, en direct sur France Info. Sur place depuis 24 heures, le skipper de Groupe Bel a été largement sollicité par les journalistes, avides de commentaires au sujet du « professeur », surnom qui colle à la peau de Michel depuis des années, tant son talent, son expérience et son palmarès forçent le respect. De « prof », Kito a préféré le titre de « maître Desjoyeaux » dans ces lignes à déguster sans modérations :

"Les raisons de cette domination de Maître Desjoyeaux….même si pourtant tout avait mal commencé... Je me souviens des quelques heures précédant le départ du 9 novembre. Foncia, Groupe Bel et Véolia, côte à côte, étaient les trois derniers bateaux à sortir de Port Olona. Juste avant de larguer les amarres, Michel, Bilou et moi nous retrouvons dans le cockpit de Véolia pour se souhaiter mutuellement bon vent. Je lance aux photographes présents : “Allez ! on se fait la photo du podium du Vendée !” Mich’, superstitieux, me répond : “Dis pas ça, malheureux !!!” Et moi, qui ne le suis (l’étais !) pas, j’aurais mieux fait de me taire… Foncia quitte le ponton, se déhale au moteur en marche arrière, prend de la vitesse, mais un problème technique sur l’inverseur l’empêche de repartir en avant : panique… In extremis, une amarre lancée depuis un pneumatique permet d’éviter l’accident qui aurait détruit les safrans de Foncia contre la digue. Chaud…Le départ est mouvementé pour Michel, obligé de virer en catastrophe pour éviter Ecover, prioritaire. Dans la soirée, Foncia juste derrière Groupe Bel abat franchement et accélère. Première attaque de Mich’ !!! Dans la nuit, Foncia fera demi-tour pour des problèmes électriques causés par une trappe de ballast défaillante. Il repartira des Sables avec près de deux jours et 360 miles de retard.
 
Un à un, l’ogre Desjoyeaux croquera ses adversaires
On connaît la suite, une météo favorable en Atlantique qui lui permet de combler une partie de son retard qui avait pourtant atteint 650 miles au large du Portugal. Un à un, l’ogre Desjoyeaux croquera ses adversaires les moins coriaces et attaque l’Océan Indien en 10e position. Depuis son «re-départ» des Sables, il fait marcher son plan Farr sans concession et il « appuie ». Les problèmes techniques en tête de flotte contraignent certains à l’abandon et d’autres à la prudence. Mich’, lui, en profite pour détruire le moral de ses adversaires en alignant des moyennes impressionnantes sans montrer d’émotion particulière.10e, 9e, 8e, 7e, 6e, 5e, 4e, 3ème avant l’Australie. Mais certains semblent pouvoir lutter contre le retour du « professeur ». Jean-Pierre Dick et Mike Golding ne se laissent pas intimider et gardent l’impétueux à distance. Derrière, les écarts restent faibles. Jusqu’à ce que, le même jour, Paprec Virbac puis Ecover connaissent leurs avaries entraînant leur abandon.En moins de 40 jours, Foncia est passé de la dernière à la première place du classement pour ne plus la lâcher jusqu’aux Sables. De chasseur, Michel devient chassé, mais par une meute clairsemée et fatiguée. Seuls, Sébastien Josse, Jean Le Cam et Bilou résistent et restent dans son sillage dans le Pacifique.Mais M. Desjoyeaux ne s’en émeut guère, les moyennes restent très élevées, Jojo casse ; Jean mollit un peu puis chavire ; Bilou annonce ses soucis électriques du système de quille. Au Cap Horn, une centaine de milles sépare les deux derniers prétendants à la victoire.On croit alors qu’enfin, le jeu stratégique va s’ouvrir et entretenir un suspens insoutenable lors de la remontée de l’Atlantique… mais c’était sans compter sur cette imprudente baleine traversant la route de Bilou en dehors des passages cloutés. Dégâts collatéraux importants pour le cétacé et Véolia alors que “le Mich’” se fait la malle…L’affaire est pliée. Bien sûr, les problèmes techniques des uns et des autres lui ont facilité la tâche mais on apprendra plus tard sans doute que lui aussi a dû connaître quelques ennuis.

La fiabilité est sûrement l’une des clefs du succès probable du maître
Les deux frangins Desjoyeaux (Hubert a construit Foncia) ont produit un bateau extrême de simplicité, léger et puissant, sans doute le plus inconfortable à l’intérieur mais offrant la meilleure protection au marin à l’extérieur. Du plan Farr d’origine, il ne reste sans doute pas grand-chose, tant l’imagination, l’expérience et le bon sens de ces deux-là ont été fertiles… On ne connaît pas certains détails techniques de Foncia mais on ne peut que constater que Michel a particulièrement bien préparé son coup et possède toujours un temps d’avance sur la concurrence. Cela dit, la fiabilité est sûrement l’une des clefs du succès probable du maître.On le sait, on le savait : Michel a tout gagné en solo. Il est le skipper le plus titré dans cette discipline si particulière et si populaire en France : trois fois la Solitaire du Figaro, la Route du Rhum, la Transat Anglaise, deux Vendée Globe et j’en passe…Une fois encore, il a démontré toutes les facettes de ses nombreux talents : force physique, morale, psychologique, gestion du temps, du matériel, préparation exemplaire, indépendance dans les choix et, plus nouveau, une faculté particulière à écrire des choses originales. On lui reprochera sans doute son manque d’humilité et le peu de “tendresse” dans ses propos concernant la concurrence, mais l’expérience a parlé.La “réussite” (on appelle ça comme on veut) est indispensable dans la vie comme dans la compétition et accompagne généralement les grands champions. Elle s’est révélée au niveau de la météo en Atlantique qui lui a permis de revenir facilement (la même situation en 2004 l’aurait relégué à plus de 1 500 milles des leaders) et de ne pas être rejoint en remontant (comme en 2000 par Ellen MacArthur), mais elle lui a épargné également de nombreux soucis techniques (la baleine de Bilou par exemple).

Monsieur Desjoyeaux, vous méritez tout mon respect"

Avec l’aide de vendeeglobe.org et liberation.fr




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