Une semaine après son départ de Saint-Barthélemy, Kito de Pavant sur Groupe Bel est à 500 milles dans l'ouest de l'Archipel des Açores. Une première moitié de parcours complexe pour sortir des alizés en mettant le cap au nord afin de retrouver des vents portants. Vendredi, Groupe Bel mettait le clignotant à droite pour traverser l'Atlantique et c'est désormais dans un flux de Sud-Ouest de 20 à 30 noe uds que le monocoque fait route vers le Cap Saint-Vincent au Sud-Ouest de l'Espagne qu'il devrait atteindre dans 4 jours. Changements de voile, manoe uvres à répétition et bataille contre les algues, ce convoyage n'a rien d'une sinécure mais donne lieu à un excellent entraînement pour le Vendée Globe.
Joint lundi matin par son équipe, Kito fait le point à mi parcours :
« Groupe Bel va très bien ! Je n’ai pas eu de souci depuis le départ. J’essaye de naviguer safe mais efficace ! J’ai juste attrapé quelque chose dans la quille hier, cela a dû enlever un peu d’antifouling(*), et m’a fait perdre du temps. On vérifiera cela au retour à Port Camargue. Je suis assez content de ma route, je progresse bien par rapport aux concurrents de la Transat B to B, j’avais à peu près la même option que François Gabart et je pense que c’était la bonne ! » Comment vis-tu ce retour au solitaire ?
« Ce n’est pas toujours facile mais c’est très enrichissant. Même si je suis en convoyage, j’essaye de bien naviguer pour m’étalonner avec les concurrents de la Transat B to B. Ce qui est étrange, c’est que le stress de la navigation en solitaire, qui est forcément présent surtout à cette période de l’année sur l’Atlantique, n’est pas compensé par l’adrénaline de la compétition. Globalement, j’ai trouvé mon rythme, j’essaye de dormir régulièrement pour ne pas me mettre dans le rouge à l’approche de l’Europe. Plus ça va aller, plus il y aura de cargos et de bateaux de pêche. Nous avons beau avoir l’AIS** à bord, il faut être très vigilant. C’est une belle préparation, j’en profite à chaque instant ! »
Est-ce que tu apprends encore sur le comportement de Groupe Bel ?
« Oui, j’apprends tous les jours ! Ce type d’entraînement permet vraiment de réviser ses gammes car après un an de navigation en double, on oublie quelques réflexes. Là, il faut penser à tout, anticiper encore plus vite car en solitaire, les bêtises arrivent beaucoup plus rapidement. Les manœuvres durent plus longtemps et ces derniers jours, j’ai été servi en matière de changements de voile avec des passages de front et de grosses bascules à plus de 30 nœuds. J’ai d’ailleurs encore un peu de matossage à faire ce matin ! Tout cela, ça se vit, il n’y pas de place pour l’improvisation. » Les concurrents de la Transat B to B vont faire face à des conditions très difficiles de vent et de mer à l’approche du Golfe de Gascogne, quelles sont les prévisions pour toi plus au Sud ?
« Je vais être épargné par le mauvais temps puisque que je serai en bordure du front avec du vent de Sud-Ouest qui va me permettre de redescendre très vite vers Gibraltar. Mais les fichiers sont incertains, il va falloir jouer finement car je pourrais même être ralenti par un anticyclone qui pour le moment bouge beaucoup. En tout cas, je serai bien content de ne pas être dans le Golfe de Gascogne avec des rafales à 60 nœuds ! J’espère que tout va bien se passer pour les marins et les bateaux. Depuis cette nuit, je sens que l’on commence à changer de saison… L’eau est encore à 17 degrés mais il pleut, le ciel est très chargé et cela devrait continuer ainsi jusqu’au Portugal. Les derniers routages me donnent samedi à Gibraltar. »
* Un antifouling est une peinture destinée à empêcher les organismes aquatiques de se fixer sur la coque des navires.
** « Automatic Identification System » qui permet de localiser les bateaux